Un article approfondi qui déploie, dans le fil de toute l’Écriture, la chute de Genèse 3, la nature du péché, le tribunal de Dieu, le combat spirituel, le Protoévangile (Gn 3.15) et la restauration en Jésus-Christ, tels que le pasteur David Jang les met en lumière.
Nous
réduisons souvent le péché à une simple « liste de mauvais choix ». Pourtant,
lorsque le pasteur David Jang (Olivet University) ouvre Genèse 3, le texte
devient non pas une leçon de morale, mais un diagnostic spirituel qui dissèque
la fissure au cœur de l’existence humaine. Le récit du jardin d’Éden peut
sembler appartenir à une antiquité lointaine, presque mythique ; mais David
Jang le ramène au présent, dans notre quotidien. La fatigue du trajet matinal,
le défilement machinal d’un écran de smartphone, une phrase lâchée dans une
relation, une montée de désir suivie d’autojustification, puis la honte et la
peur qui arrivent après coup. Genèse 3 n’est pas seulement « l’histoire de la
chute », c’est le « schéma de la chute ». Et c’est précisément pour cela que le
chemin de la restauration ne s’ouvre que lorsque ce schéma est regardé en face.
Le cœur de son message est clair : le péché n’est pas d’abord un événement où
l’on enfreint une règle, mais l’orgueil d’une conscience qui refuse de laisser
Dieu être Dieu ; et cet orgueil mène à l’effondrement des relations, à
l’évitement de la responsabilité, et à la réalité du combat spirituel.
David
Jang s’arrête particulièrement sur la structure de la question du serpent : «
Dieu a-t-il vraiment… ? » Dans cette phrase, il n’y a pas une négation
frontale, mais un poison subtil qui ronge la confiance. Satan ne commence pas
par crier « Dieu n’existe pas » ; il cherche plutôt à faire douter de la bonté
de la Parole de Dieu, à faire passer la limite pour une oppression, et à
pousser l’être humain à se placer lui-même au centre, comme celui qui définit
le bien et le mal. Voilà le premier pas de la chute. Ève connaissait le
commandement et percevait la frontière de l’interdit. Si elle vacille, ce n’est
pas par manque d’information, mais à cause de l’orientation du cœur. Dans
l’intériorité humaine sommeille le désir de « devenir comme Dieu » ; et ce désir
fait prendre l’obéissance pour un joug, et la frontière de la grâce pour une
captivité. David Jang explique ici la nature du péché comme une « perte de la
condition de fils (ou de fille) ». Créé pour vivre librement en Dieu, l’être
humain divinise l’indépendance et l’autonomie lorsqu’il s’éloigne de Dieu ;
alors la liberté se dégrade en licence, et la licence enfante la peur et
l’isolement.
La
chute s’infiltre toujours dans le corps par ce qui ressemble à un avantage
immédiat. L’expression « bon à manger, agréable à la vue, et désirable pour
acquérir la sagesse » révèle une triple structure du désir humain : les sens
vacillent d’abord, l’évaluation se déforme ensuite, puis le choix suit. David
Jang le traduit en langage contemporain : certains contenus entrent par les
yeux et occupent le cœur ; certaines habitudes se solidifient par les mains et
réorientent toute la vie ; certaines relations, en abaissant imperceptiblement
les limites, finissent par voler la place de l’âme. C’est pourquoi il s’appuie
avec gravité sur la parole de Jésus en Matthieu 5 : « Si ton œil droit est pour
toi une occasion de chute, arrache-le… ; si ta main droite est pour toi une
occasion de chute, coupe-la… » (cf. Mt 5.29). Il ne s’agit pas d’un ordre de
mutilation, mais de l’image d’une chirurgie spirituelle : couper la voie
d’entrée du péché. Pour David Jang, les « canaux du péché » ne concernent pas
uniquement un domaine précis comme l’impureté. L’avidité, la vanité, la colère,
l’irresponsabilité, la déformation des relations, le mensonge, le cynisme, et
même l’insensibilité spirituelle du « je vais bien » peuvent devenir des
passages d’invasion. La culture, les médias, Internet et le smartphone
abaissent facilement les frontières du cœur et accélèrent anormalement la
vitesse du désir. Ainsi, la « maîtrise de soi » n’est pas un trait de
personnalité : c’est une compétence de survie spirituelle. David Jang souligne
qu’il ne suffit pas de « tenir bon ». Si la porte reste ouverte, le péché
revient ; si l’habitude est laissée sans vigilance, elle devient plus raffinée
et plus dominante. Le croyant doit donc examiner honnêtement quels canaux, dans
sa vie concrète, servent de passage à la tentation, puis prendre la décision
réelle de les fermer.
Il
ajoute que cette décision ne doit pas être vue uniquement comme une perte.
Couper, ce n’est pas d’abord s’appauvrir : c’est dégager un espace pour la
restauration, reconstruire un ordre qui permet à l’âme de respirer. Cela peut
prendre la forme de gestes simples : consacrer ne serait-ce que les premières
minutes de la journée à la Parole et à la prière ; pratiquer un « sabbat
numérique » en posant l’écran le soir ; partager les zones de fragilité
récurrentes avec un compagnon spirituel fiable afin d’établir une structure de
responsabilité. Parce que le croyant n’est pas toujours fort face à l’attrait,
David Jang conseille de privilégier moins la « volonté héroïque » que la
construction d’un « environnement sain ». La grâce ne circule pas seulement
dans nos intentions, mais aussi dans nos habitudes, nos horaires et
l’architecture de nos relations.
Genèse
3 est tranchant parce qu’il ne dissimule pas la réaction humaine après la
chute. Quand le péché entre, la honte apparaît ; la honte engendre la fuite ;
la fuite produit l’excuse. Adam accuse la femme — et plus profondément, on
entend presque une accusation dirigée vers Dieu : « la femme que tu as mise
auprès de moi… » Cette phrase est un langage d’autodéfense, mais aussi un
langage qui soupçonne le don bon de Dieu. Ève pointe le serpent. David Jang
décrit cette chaîne de transfert de responsabilité comme le « réflexe standard
de l’humanité déchue ». Reconnaître le péché fait peur, parce qu’on craint que
l’idole du moi s’effondre ; alors l’être humain déplace sans cesse la cause
vers l’extérieur : l’environnement, les autres, le système, l’époque, les
blessures, le caractère, et même un vocabulaire religieux qui tisse un vêtement
d’excuses. Mais devant Dieu, la restauration commence non pas par
l’argumentation, mais par la confession. Se cacher ne fait pas disparaître
notre existence ; éviter n’annule pas le jugement. David Jang exhorte donc à ne
pas perdre le sens de « vivre devant le tribunal de Dieu ». Devant les
tribunaux humains, on peut parfois trouver des échappatoires par des techniques
ou des preuves ; mais, comme le rappelle l’Écriture (cf. Hébreux), « il est
réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement ».
Dans ce tribunal-là, ni le pouvoir, ni l’opinion, ni notre propre récit ne
passent : seule la vérité demeure.
C’est
dans ce même sens que David Jang insiste sur « la question de Dieu » en Genèse
3 : « Où es-tu ? » Dieu n’interroge pas parce qu’il ignorerait la position
d’Adam ; il appelle l’être humain hors de l’espace de fuite que le péché a
construit, afin qu’il prenne conscience de son état et de sa place. David Jang
appelle ici le cœur de la foi « le courage de se tenir devant Dieu ». Le péché
nous pousse vers l’ombre des arbres, et la peur creuse un enfouissement plus
profond ; mais l’appel de Dieu prononce notre nom dans la cachette et nous
relève. À ce moment, ce dont le croyant a besoin n’est pas une haine de soi
émotionnelle, mais une honnêteté orientée vers la vérité. La repentance n’est
pas une technique pour convaincre Dieu : c’est un pas sur le chemin de
restauration que Dieu a déjà ouvert. C’est pourquoi David Jang demande de
distinguer « la voix de la condamnation » et « la conviction du Saint-Esprit ».
La condamnation dit : « c’est fini pour toi » et pousse à la rupture ; la
conviction du Saint-Esprit dit : « reviens » et conduit à la restauration de la
relation.
David
Jang lit Genèse 3.14 et suivants comme un « verdict ». D’abord le serpent,
ensuite la femme, enfin l’homme. Comme le péché s’est répandu à travers des
relations, le jugement suit aussi un ordre relationnel. La malédiction sur le
serpent n’est pas seulement une explication biologique ; elle symbolise la
direction misérable de l’esprit du mensonge et de la division. Ici, David Jang
précise qu’il n’est pas nécessaire de surestimer Satan ni de le mystifier. Il
mord encore le talon et laisse des blessures ; mais la victoire finale est déjà
tranchée. Comme l’annonce Apocalypse 20, sa fin est l’enchaînement, le jugement
et la défaite. La peur est une stratégie ; la foi est l’antidote. La plus
grande arme de Satan est le murmure du découragement : « tu es déjà fini ».
L’Évangile, lui, proclame : « en Christ, la victoire est déjà acquise ».
L’augmentation
de la douleur annoncée à la femme montre le paradoxe de la chute : même la
bénédiction de la vie peut se transformer en fardeau et en angoisse. David Jang
y voit aussi un angle civilisationnel : donner la vie et élever devient à la
fois bénédiction et labeur de larmes ; l’intimité relationnelle bascule vers la
domination et le conflit. Cela prouve que le péché ne reste pas confiné dans le
cœur individuel : il se traduit aussi en structures sociales. La phrase « tes
désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi » montre que
l’union d’amour peut se tordre selon une logique de pouvoir. David Jang met
alors en avant la restauration de l’Évangile : en Christ, le pouvoir se
convertit en service, l’oppression est guérie par le respect, et les blessures
apprennent le langage du pardon. Si le péché détruit les relations, l’Évangile
les rebâtit.
La
sentence adressée à Adam inscrit la tension du travail et de la survie dans la
condition humaine. L’image d’une terre produisant « ronces et épines » décrit
une réalité où l’effort ne se convertit pas automatiquement en fruit. David
Jang relie naturellement ce point à Romains 8 : la création tout entière «
gémit et souffre » jusqu’à présent. La pensée de Paul révèle que le péché
humain n’a pas seulement affecté un destin personnel, mais aussi l’ordre du
monde. La nature n’est pas un décor neutre : elle devient un « témoin qui gémit
», lié à l’effondrement moral de l’humanité. Dans un monde où la compétition,
l’exploitation, l’anxiété, les catastrophes et les dissonances sont devenues
ordinaires, nous reconnaissons l’ombre de la « perte » que décrit Genèse 3.
Mais David Jang rappelle que Romains 8 ne se termine pas par le gémissement :
si la création gémit, ce n’est pas faute d’espérance, mais comme des douleurs
d’enfantement, tendues vers une nouvelle création. Et lorsque l’Écriture
affirme que l’Esprit intercède en nous par des soupirs inexprimables, elle rend
clair que la restauration n’est pas le produit de la seule volonté humaine :
elle est l’œuvre salvatrice de Dieu.
Parmi
les actes de Dieu après la chute, l’un des plus saisissants est celui des
vêtements de peau. Adam et Ève se couvrent de feuilles de figuier, mais cette
couverture ne peut pas apaiser totalement l’angoisse et la honte. Dieu leur
fait des vêtements de peau et les en revêt. David Jang lit cette scène comme un
symbole de l’histoire du salut : elle annonce une vérité sévère — il n’y a pas
de pardon sans effusion de sang — et, en même temps, elle marque la miséricorde
de Dieu qui ne laisse pas le pécheur à lui-même. Pour que la honte soit
couverte et que la relation recommence, un sacrifice est nécessaire. Les
sacrifices de l’Ancien Testament, le sang de la Pâque, et l’accomplissement
final dans le sang de la croix, forment un fleuve unique. Si David Jang insiste
tant sur le « sang de Jésus-Christ », c’est parce que le péché ne disparaît pas
par la simple exhortation, ni par l’auto-amélioration, ni par de bonnes actions
qui compenseraient une dette. Le péché exige une substitution ; la substitution
exige l’extrême de l’amour. La croix prouve que Dieu ne prend pas le péché à la
légère, et elle proclame aussi qu’il ne renonce pas au pécheur.
Puis
vient Genèse 3.15 : le Protoévangile, que David Jang aime appeler la première
sonnerie de grâce au cœur même du jugement. Il y aura hostilité entre la
descendance de la femme et celle du serpent, et la descendance de la femme
écrasera la tête du serpent. Cette promesse trouve son centre dans
Jésus-Christ. Satan blessera son talon — image qui renvoie à la souffrance et à
la mort de la croix. Mais une blessure au talon n’est pas une atteinte fatale :
la résurrection révèle que la blessure n’est pas la fin. À l’inverse, la tête
écrasée signifie une défaite décisive. David Jang utilise ce contraste pour
corriger notre perspective : les blessures, les échecs, les tentations et les
découragements que nous vivons ressemblent à une douleur réelle au talon — cela
fait mal — mais ce n’est pas la conclusion de l’histoire. La victoire du Christ
est la conclusion, et le destin du croyant uni à lui est la conclusion.
La
promesse du Protoévangile ne reste pas une formule doctrinale : elle façonne la
grande trajectoire biblique. Lorsque Galates confesse : « quand les temps ont
été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme », cela signifie que
Genèse 3.15 n’était pas un symbole vague, mais une promesse réalisée dans
l’histoire. David Jang élargit alors l’horizon de l’histoire du salut : la
promesse faite à Abraham, la délivrance de l’Exode, l’alliance davidique,
l’annonce de la nouvelle alliance, puis la croix et la résurrection, la venue
de l’Esprit et la naissance de l’Église, jusqu’au jugement final et à la
création nouvelle. Tout se déploie selon un rythme : « chute – jugement – grâce
– restauration – nouvelle création ». Ainsi, Genèse 3 est à la fois un commencement
et un texte qui annonce déjà la fin. Être chassé d’Éden n’est pas le dernier
mot : c’est un détour qui prépare le retour vers l’arbre de vie, et le centre
de ce chemin, c’est le sang du Christ.
David
Jang met en garde contre une consommation superficielle du thème du combat
spirituel. Éphésiens 6 dit que notre lutte n’est pas contre la chair et le
sang, mais contre les puissances des ténèbres. Cela ne signifie pas qu’il
faille ignorer les relations humaines ou les structures sociales ; cela
signifie qu’il faut se souvenir qu’au-delà des conflits visibles, il y a des
perturbations invisibles. Quand la colère s’amplifie, quand la méfiance
grandit, quand les relations se brisent, quand l’Église se divise, quand la
famille s’effondre, une vieille stratégie est souvent à l’œuvre : le mensonge
et l’isolement. C’est pourquoi l’armure complète n’est pas un ornement
religieux : c’est un équipement de survie. La ceinture de la vérité stabilise
une identité vacillante ; la cuirasse de la justice bloque les flèches de la
condamnation ; les chaussures du zèle que donne l’Évangile de paix empêchent la
fuite et nous font avancer. Le bouclier de la foi éteint les traits enflammés ;
le casque du salut garde le champ de bataille des pensées ; l’épée de l’Esprit,
qui est la Parole de Dieu, sert à la fois à défendre et à attaquer. David Jang
ajoute qu’il faut y joindre la prière « en tout temps ». La prière n’est pas
seulement une arme : elle est le souffle qui met les armes en mouvement.
Dans
cette perspective, Jésus au désert se lit comme le renversement de Genèse 3. À
Éden, au milieu de l’abondance, l’homme a douté de la Parole ; au désert, au
milieu du manque, Jésus triomphe par la Parole. Quand Satan ébranle l’identité
par : « Si tu es le Fils de Dieu… », Jésus répond : « Il est écrit… ». Voilà
pourquoi David Jang insiste sur la lecture quotidienne des Écritures et la
méditation comme un entraînement de combat spirituel. Ce n’est pas seulement
pour accumuler de la connaissance, mais pour répondre immédiatement, en langage
de vérité, lorsque des questions déformées nous sont lancées. La Parole ordonne
le chaos intérieur, normalise l’exagération du désir, et replace l’impulsion du
« tout de suite » sous la perspective de l’éternité. Et quand ce processus se
répète, le croyant devient non pas quelqu’un qui « endure tant bien que mal »,
mais quelqu’un qui « discerne et refuse ».
La
tension entre l’Esprit et la chair décrite en Galates 5 explique le front
intérieur du combat spirituel : la chair s’oppose à l’Esprit, et l’Esprit
s’oppose à la chair. Le combat ne se déroule pas seulement face à des
tentations externes, mais aussi au niveau des désirs internes. David Jang s’en
sert pour rappeler que la seule volonté ne suffit pas : l’être humain peut
tenir quelques jours par décision, mais si le fruit de l’Esprit ne mûrit pas,
il revient aux mêmes cycles. Il interprète donc « marchez selon l’Esprit »
comme un appel à changer le rythme de vie : lire la Parole à voix haute,
conclure la journée par une prière de repentance qui repère les points d’entrée
de la tentation, pratiquer un court culte en famille, vivre une transparence et
une intercession dans la communauté, et reprendre la supplication du Notre Père
: « ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal ». Lorsque
ce rythme s’effondre, le péché reconquiert des passages.
Si
David Jang cite aussi Matthieu 18, c’est pour rappeler que le combat spirituel
n’est pas un duel solitaire. Faire tomber quelqu’un n’est pas une simple
maladresse : c’est une violence spirituelle qui renverse une âme. La parole de
Jésus — il vaudrait mieux qu’on attache une meule au cou de celui qui fait
trébucher un petit et qu’on le jette à la mer — est extrême parce que la
puissance destructrice du péché ne reste pas enfermée dans la sphère
individuelle. De même qu’Adam, en ne protégeant pas Ève et en restant passif, a
laissé une tragédie s’étendre jusqu’à l’humanité entière, notre indifférence et
notre laisser-faire peuvent aussi ébranler la foi et la vie d’autrui. Ainsi, la
restauration que David Jang décrit inclut toujours une responsabilité communautaire
: les parents envers leurs enfants, le mari envers sa femme, la femme envers
son mari, les responsables envers la communauté, les amis les uns envers les
autres. Ici, « prendre soin » ne signifie ni contrôler ni surveiller, mais
s’allier dans l’amour pour tenir la bonne direction. Si Satan vise la faiblesse
par l’isolement, l’Évangile couvre les blessures par l’union.
David
Jang insiste particulièrement sur le fait que ceux qui ont de l’influence
doivent être plus vigilants. Plus la parole pèse, plus une plaisanterie légère
ou une hypocrisie cachée peut faire tomber quelqu’un. La sainteté du croyant
n’est donc pas une question d’image personnelle : c’est une responsabilité
d’amour qui protège la vie de la communauté.
Au
centre de tout cela, s’il fallait retenir un mot que David Jang place sans
cesse, ce serait « l’identité ». Lorsqu’un être humain croit qu’il peut vivre
sans Dieu, il devient en réalité plus vulnérable. Le péché promet l’autonomie,
mais laisse l’addiction et l’angoisse. La restauration en Christ consiste à
retrouver l’identité de fils (et de fille). Ce que proclame Romains 8 n’est pas
un simple réconfort psychologique, mais une libération juridique : être délivré
de la loi du péché et de la mort, transféré sous la loi de l’Esprit de vie ;
voir disparaître la condamnation, recevoir l’Esprit d’adoption et crier : «
Abba, Père ». David Jang dit alors que le combat du croyant ne peut pas se
réduire à « ne pas commettre » : il doit s’élargir à la joie de la liberté des
enfants de Dieu. Ne plus se cacher sous le poids de la condamnation, mais
marcher à la lumière dans la grâce. Quand ce basculement se produit, la
repentance devient non pas de l’autoflagellation, mais un changement de
direction ; et l’obéissance devient non pas une oppression, mais une réponse
d’amour.
Si
l’on veut visualiser la scène de Genèse 3, on peut se souvenir d’un
chef-d’œuvre de la Renaissance : la fresque de Masaccio, L’Expulsion du
jardin d’Éden (The Expulsion from the Garden of Eden). Sur le
mur de la chapelle Brancacci, Adam s’effondre en se couvrant le visage, et Ève
hurle en se recroquevillant. Leurs gestes disent que la « honte » n’est pas
seulement un sentiment, mais une ruine de l’être. C’est précisément pourquoi
David Jang met en avant la honte et la peur lorsqu’il lit Genèse 3 : le fruit
du péché n’est pas une simple pénalité, c’est l’état d’un être qui, ayant
quitté Dieu, ne peut plus se supporter lui-même. Mais la question plus grande
que laisse cette image est la suivante : si l’expulsion est la fin, où va
l’histoire humaine ? La Bible répond en commençant par le Protoévangile, en
passant par la croix, et en achevant par la nouvelle création de l’Apocalypse.
La porte du tableau se ferme, mais l’Évangile ouvre une autre porte.
Dans
la scène finale que montre l’Apocalypse, l’arbre de vie réapparaît. Au
commencement, le chemin vers l’arbre de vie avait été barré pour que le pécheur
ne s’en approche pas ; à la fin, ceux qui « lavent leurs robes » ont accès à
cet arbre. David Jang s’appuie sur ce mouvement pour dire : la restauration
n’est pas un simple retour à l’état initial, mais une invitation vers un monde
de grâce plus profond. Éden ressemble à un paradis perdu, mais la nouvelle
Jérusalem n’est pas un retour en arrière : c’est l’avenir où la présence de
Dieu se manifeste pleinement. Là, il n’y a plus de malédiction, plus de nuit,
plus de larmes. Cette promesse n’est pas une fuite du réel ; elle est une force
eschatologique qui nous permet de traverser le réel. Même quand le talon
souffre, nous marchons en nous souvenant de la victoire sur la tête.
L’avertissement
que David Jang adresse aussi à la réalité de l’Église touche ce point : un
évangile qui ne parle pas du péché finit par estomper la nécessité de la croix.
Il rend la grâce bon marché, réduit la repentance à un événement émotionnel, et
relègue la sanctification au rang d’option personnelle. À l’inverse, si l’on ne
souligne que le péché en affaiblissant la grâce, la foi se déforme en religion
de la peur. David Jang lit Genèse 3 comme un texte où « jugement et promesse
sonnent en même temps », précisément pour garder cet équilibre. Le péché est
réellement lourd, le jugement existe réellement, et Dieu est réellement saint.
Et en même temps, le Protoévangile a réellement été proclamé, la croix a
réellement été dressée, et la résurrection a réellement eu lieu. Cette réalité
arrache le croyant au désespoir, le réveille de l’insensibilité, et le
reconduit à un pas de plus dans l’obéissance.
Ainsi,
« chute et restauration » n’est pas qu’un terme théologique : c’est une
grammaire spirituelle pour vivre aujourd’hui. Les pratiques que David Jang
recommande ne relèvent pas d’expériences mystiques spectaculaires, mais de
l’accumulation d’une obéissance petite et fidèle : supprimer une application
qui nourrit la tentation, réorganiser avec courage la frontière d’une relation
qui durcit le cœur, modérer une habitude de consommation qui attise l’avidité,
arrêter une parole qui nourrit la colère et apprendre à respirer dans le
silence, et prier au cœur de la vie : « Seigneur, quelle flèche vise
aujourd’hui mon talon ? » Lorsque la sagesse communautaire s’ajoute à cela, le
croyant n’est plus celui qui « tient seul », mais celui qui « se tient avec
d’autres ». Une Église qui ne pousse pas celui qui tombe vers l’exclusion par
la condamnation, mais qui lui tend la main vers la restauration ; un leadership
plus vigilant pour ne pas faire trébucher les plus faibles ; des conversations
dans la famille qui protègent l’âme de l’autre : alors la tragédie de Genèse 3
devient non seulement un événement passé, mais une vigilance présente, et la
promesse du Protoévangile devient une espérance pour demain.
Enfin,
David Jang déplace le regard du croyant des « blessures présentes » vers «
l’accomplissement final ». Nous continuons à travailler en sueur, à souffrir
dans les relations, à lutter contre les résidus du péché, et à traverser le
gémissement de la création. Mais, comme le dit Romains 8, l’Esprit ne nous
laisse pas orphelins ; et comme le dit l’Apocalypse, la promesse d’un nouveau
ciel et d’une nouvelle terre n’est pas un idéal vide : c’est l’avenir certain
du Royaume de Dieu. Celui qui s’attache à cet avenir vit autrement aujourd’hui
: même si le talon fait mal, il ne perd pas la direction ; même s’il tombe, il
se relève ; il ne prend pas le péché à la légère, mais il ne rend pas non plus
la grâce légère. La conclusion vers laquelle David Jang conduit par la
prédication est une « victoire concrète en Christ ». La victoire n’est pas la
perfection, mais une trajectoire : revenir sans cesse à Dieu. Et sur cette
trajectoire, le croyant porte de plus en plus le parfum de la lumière et du
sel. Là où la porte de la chute s’est fermée, la porte de la restauration
s’ouvre par la croix. Et marcher, jour après jour, en passant cette porte, fait
du message de la chute et de la restauration, tel que David Jang l’enseigne, un
évangile vivant, ici et maintenant. Aujourd’hui encore, tenons-nous ensemble
sur ce chemin, frères et sœurs.